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Vingt ans à chercher mon cahier journal. Un vendredi soir pour le construire.

Ce soir-là, un cahier journal est né sur mon écran. Celui que je poursuivais sans le rattraper depuis des années. Avant de te le montrer, laisse-moi remonter le fil — toutes mes tentatives, tous mes ratages, jusqu’à ce déclic de vendredi soir.

Vendredi soir, 19h33

Je devais fermer l’ordinateur.

Et pourtant j’étais là, à cliquer dans un cahier journal comme un gamin devant un cadeau. Le mien. Enfin le mien. Pas un modèle téléchargé, pas une grille adaptée à moitié. Celui dont je rêve depuis vingt ans, exactement comme je le voulais.

Mais pour comprendre pourquoi ce soir-là me marque autant, il faut remonter le fil. Parce que ce cahier, ça fait des années que je le cherche. Et que je ne le trouve jamais.

Le cahier journal, ce compagnon obligé

Tu connais. Ce document où tu poses ce que tu prévois, ce que tu fais, ce que tu ajustes. L’outil le plus quotidien du métier. Celui qu’on remplit le soir, la tête déjà à demain.

Le problème n’est pas de le tenir. Le problème, c’est qu’aucun cahier journal existant ne ressemble à ma façon de travailler. Alors depuis vingt ans, j’improvise. Et j’accumule les tentatives.

L’ère des tableaux

Ça a commencé sagement. Un tableau Word. Colonnes horaires, lignes disciplines. Propre, le lundi. Illisible le jeudi, quand tout se décale parce que j’ai ajouté une ligne.

Alors je suis passé à Pages. Plus joli. Même problème. Un tableau reste un tableau : ça ne respire pas, ça ne pense pas comme une journée de classe pense.

Puis Numbers, parce que je me suis dit qu’avec un tableur je maîtriserais mieux. J’ai maîtrisé, en effet. Des cellules. Beaucoup de cellules. Pas un cahier journal.

Il faut bien avouer que je passais plus de temps à me battre avec la mise en forme qu’à préparer ma classe.

L’ère des applis toutes faites

Alors j’ai cherché ailleurs. Les applis dédiées, les modèles vendus, les solutions « pensées pour les enseignants ». J’en ai essayé plusieurs.

Certaines étaient belles. Vraiment. Mais pensées pour la classe de quelqu’un d’autre. Une semaine complète du lundi au vendredi, quand moi je n’enseigne que deux jours. Des rubriques que je ne remplissais jamais. L’absence de celles dont j’avais besoin.

À chaque fois, le même compromis. Ça marche, mais ça ne me ressemble pas. Je m’y pliais quelques semaines, puis j’abandonnais.

Notion, si près du but

Et puis il y a eu Notion. Mon outil chouchou, celui dans lequel je fais vivre à peu près toute ma tête.

J’y ai cru. J’ai construit des bases, des vues, des relations. J’ai passé des soirées à plier Notion pour qu’il devienne mon cahier journal. J’en ai même tiré des outils que j’utilise encore aujourd’hui, comme mon cahier du remplaçant ou mon cahier de bord de classe.

Il s’en est approché. Plus que tout le reste. Mais un cahier journal, ça doit s’imprimer propre pour une inspection, se feuilleter d’un jour à l’autre, se remplir en trente secondes le soir. Notion, magnifique pour penser, restait trop lourd pour ce geste-là.

Encore raté. Mais un raté qui m’a appris quelque chose : à force d’essayer, je savais désormais exactement ce que je voulais.

Ce que je voulais, précisément

Mes deux jours de classe. Je suis directeur, j’enseigne le jeudi et le vendredi. Je voulais un cahier où la flèche « jour suivant » saute du jeudi au vendredi, puis au jeudi d’après, sans me faire traverser des lundis-mardis-mercredis vides. Qui connaisse les vacances de la zone A et les fériés, pour ne jamais m’ouvrir un jour sans école.

Une couleur par discipline, automatique. « Mathématiques » devient ambre, « Sciences » bleu, « Histoire » terracotta. Un coup d’œil, et je lis ma journée.

Le matériel à cocher, collé sur chaque séance comme un post-it. Les douze iPads, les feuilles, le vidéoprojecteur. Cochés, barrés, réglés.

Mes documents et mes vidéos dans la page. Une fiche à un clic, une vidéo qui se lit dans le cahier lui-même.

Et un export PDF propre. Parce qu’un cahier journal, ça se montre aussi.

Vingt ans de tentatives ratées pour arriver à cette liste claire. La liste, c’était le vrai travail. Je ne le savais pas encore.

Le déclic : arrêter de chercher, commencer à décrire

Ce vendredi soir, je n’ai pas ouvert un énième modèle. Je me suis assis, et j’ai décrit.

Pas à un développeur. À Claude, en mode Cowork — l’IA qui travaille dans un dossier, avec des outils, comme un collègue qu’on met sur le coup. J’ai ouvert mon dossier « Classe CM2 » et j’ai raconté. Mes deux jours. Mes couleurs. Mon matériel. Mes ressources. Le PDF. Tout ce que vingt ans de ratages m’avaient appris à formuler.

Et elle l’a assemblé. Fond vert sauge, petit panda dans le coin, créneaux colorés, pense-bête matériel qui dépasse de chaque séance, bilan du jour en bas, enregistrement automatique, impression propre.

Je n’aurais JAMAIS cru que ça tiendrait dans une soirée.

Cahier journal numérique : une journée avec créneaux horaires colorés par discipline et pense-bête matériel
Une journée dans le cahier : créneaux colorés par discipline, matériel à cocher, navigation d’un jour de classe au suivant.

Ce que ça m’apprend

On nous vend souvent l’IA comme celle qui aurait les idées à notre place. J’ai un peu de mal avec ce récit.

Parce que ce soir-là, l’IA n’a pas eu l’idée. L’idée, je la portais depuis vingt ans. Elle n’a pas inventé mon cahier journal — elle a donné forme à une intention que Word, Numbers, les applis et Notion m’avaient aidé à préciser, ratage après ratage.

Mes tentatives n’étaient pas des échecs. C’étaient le cahier des charges. Chaque outil abandonné me disait un peu mieux ce que je cherchais. L’IA est arrivée à la fin, quand je savais enfin l’exprimer, et elle a fait le dernier kilomètre — celui qui me décourageait faute de temps ou de compétence technique.

L’IA ne remplace pas ta pédagogie. Elle raccourcit la distance entre ton intention et ton outil. Chez moi, cette distance faisait vingt ans. C’est aussi pour ça que je tiens à poser un cadre clair sur ces usages, comme avec la charte IA construite avec mes CM2 : savoir ce qu’on demande à la machine, et ce qu’on garde pour soi.

La bonne pointure

Ce matin, le cahier est toujours là. Il me ressemble toujours.

Tu vas me demander si je le partage. La réponse est non, et c’est le cœur du sujet : il est taillé si précisément à ma main qu’il serait pour toi un modèle de plus, mal ajusté. Exactement ce dont je viens de passer vingt ans à me défaire. Ce qui se partage, ce n’est pas le fichier. C’est la méthode.

Si toi aussi tu traînes depuis des années une idée d’outil que tu n’as jamais trouvé tout fait, ne vois pas tes bricolages ratés comme du temps perdu. C’est ton cahier des charges qui s’écrit. Le jour où tu sauras le décrire à voix haute, l’outil ne sera plus qu’à une soirée.

Se projeter, c’est déjà un peu débuter.

📋 Pour se lancer — points-clés actionnables

Écrire la liste avant l’outil : ce que tu veux, précisément, sans penser à la faisabilité. C’est le vrai travail.

Relire tes abandons : chaque outil lâché te dit ce qui te manquait. C’est de la matière, pas de l’échec.

Décrire à voix haute : si tu ne sais pas l’expliquer à quelqu’un, aucun outil ne le devinera.

Commencer petit : une seule fonction qui marche vaut mieux qu’une usine à gaz abandonnée en octobre.

Cahier journal construit avec Claude en mode Cowork (Anthropic). Aucune donnée d’élève n’y figure — captures et illustrations volontairement neutres.

J’ai prolongé cette réflexion sur le cadre jusqu’au collège, dans Charte IA en cycle 3 : ce qui change entre le CM2 et la 6e.

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