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Charte IA en cycle 3 : ce qui change entre le CM2 et la 6e

En mai, j’ai publié ma charte de sensibilisation à l’IA pour le CM2. Personne ne m’a écrit pour me réclamer une version collège. Ce sont mes statistiques de fréquentation qui me l’ont soufflé. Et en allant chercher ce que je pouvais répondre à ces visiteurs-là, je suis tombé sur quelque chose que je n’attendais pas : entre le CM2 et la 6e, le cadre réglementaire ne bouge quasiment pas. C’est tout le reste qui bascule.

Lundi 20 juillet, un lundi comme les autres

Chaque lundi, je reçois une analyse du site. La plupart du temps, j’y jette un œil deux minutes et je passe à autre chose.

Ce lundi 20 juillet, j’ai bloqué sur les statistiques de l’article « Charte IA ». Et j’ai regardé plus en détail.

Ce que les gens tapent dans Google avant d’atterrir chez moi, c’est instructif. Et parfois vexant. Les visiteurs qui arrivent sur ma charte IA ne cherchent pas tous « charte IA élémentaire ». Une bonne partie cherche « charte IA collège », « charte IA lycée », et surtout des noms d’outils. Gemini. Perplexity.

Personne ne m’a posé la question directement. Ce sont des chiffres, pas des mails. Mais des chiffres qui disent quelque chose de simple : ma ressource est calibrée CM2, et une partie de son public est déjà au collège.

J’aurais pu élargir la charte. Je ne l’ai pas fait, et je ne le ferai pas : un document qui parle à tout le monde ne parle plus à personne. En revanche, la question mérite un article. D’autant que la 6e n’est pas un territoire étranger pour moi. La 6e est dans le cycle 3. C’est mon programme, ma liaison, mon conseil école-collège.

Ce qui ne change pas : la ligne des 4e

Quand j’ai construit ma charte, j’ai relu le cadre d’usage de l’IA en éducation publié par le ministère en juin 2025. Et j’y ai trouvé une phrase qui a tout décidé pour moi : pas de manipulation autonome d’une IA générative par l’élève avant la classe de quatrième.

Pas avant la 4e.

Ce qui veut dire, et c’est le point que beaucoup ratent : en 6e non plus.

Le passage au collège ne déverrouille rien. Un élève de 6e n’est pas plus autorisé qu’un élève de CM2 à ouvrir seul un outil d’IA générative pour faire son travail scolaire. Une charte de 6e qui gradue les autorisations, « usage libre / usage encadré / usage interdit », gradue donc des cases vides. Exactement le problème que j’avais rencontré en construisant ma charte CM2.

Il faut bien avouer que c’est contre-intuitif. On imagine le collège comme le moment de l’ouverture. Sur ce point précis, c’est un palier, pas une porte.

Ce qui change vraiment, et ce n’est pas écrit dans les textes

Alors qu’est-ce qui change ?

Tout le contexte autour de l’élève. Et c’est massif.

En CM2, j’ai un enfant, un adulte référent, une salle, un cahier de textes que je maîtrise de bout en bout. Je vois ce qu’il fait. Je sais ce qu’il a comme travail à la maison, puisque c’est moi qui le donne.

En 6e, le même enfant a huit ou dix enseignants, un ENT, des devoirs le soir, un cartable qui contient souvent un téléphone, et un temps de trajet où personne ne regarde son écran. La cohérence du cadre ne dépend plus d’un adulte, elle dépend d’une équipe. C’est infiniment plus difficile à tenir.

Il y a quand même quelque chose d’édifiant. En fin d’année dernière, à la kermesse de l’école, j’ai discuté avec un groupe d’anciens élèves, aujourd’hui au collège.

« Maître, tu sais, on fait beaucoup plus nos devoirs avec l’IA maintenant. Même en sortant du collège, on prend souvent un temps dans le parc pour se poser et regarder directement sur nos téléphones. »

Soit ils ne me l’avouaient pas avant. Soit le contraste est édifiant. Dans les deux cas, l’information est la même : entre juin en CM2 et l’automne en 6e, ce n’est pas le droit qui a changé, c’est la solitude devant l’outil.

Et il y a un point que je croyais réglé, et qui l’est beaucoup moins que je ne le pensais.

Depuis la loi du 21 mai 2024, l’article L. 312-9 du Code de l’éducation prévoit qu’à l’issue de l’école primaire et du collège, les élèves reçoivent une attestation certifiant qu’ils ont bénéficié d’une sensibilisation au bon usage des outils numériques et de l’intelligence artificielle, des contenus générés par ceux-ci, des réseaux sociaux, des dérives et des risques associés, ainsi qu’à la lutte contre la désinformation.

À l’issue de l’école primaire. Relis cette ligne. Elle nous concerne directement.

Côté collège, le dispositif existe et il est outillé. La note de service du 23 janvier 2026, publiée au BO n° 6 du 5 février 2026, organise la remise à chaque élève, à l’issue de la première année de collège, d’une attestation de sensibilisation au numérique délivrée par le GIP Pix. Elle s’obtient à l’issue de deux parcours conçus pour la 6e, avec au moins 50 % de réussite à chacun, plus un troisième parcours facultatif de rattrapage. Le premier porte sur le domaine Protection et sécurité du CRCN, avec un volet cyberharcèlement. Le second est une initiation aux compétences numériques : information et données, communication, création de contenus, environnement numérique.

Regarde bien cette description. L’IA n’y apparaît pas. La loi demande une sensibilisation à l’IA attestée, le dispositif qui délivre l’attestation est décrit sans elle.

Côté primaire, rien d’équivalent n’est outillé. La même note de service prévoit pour le CM2 l’inscription du niveau de maîtrise des compétences numériques dans le dernier bilan périodique du livret scolaire. C’est une évaluation, pas une sensibilisation attestée.

Et pour l’IA proprement dite, les parcours Pix dédiés arrivent en 4e, en 2de et en 1re année de CAP. Ils sont obligatoires à compter de l’année scolaire 2025-2026, avec une mise en œuvre progressive étalée sur 2025-2026 et 2026-2027. Le texte précise qu’ils ne donnent lieu ni à attestation ni à certification.

Nuance nécessaire, parce qu’un lecteur de bonne foi va la soulever : il se passe des choses avant la 4e. La CNIL mène des actions de sensibilisation auprès de classes de CM2. L’académie d’Aix-Marseille diffuse depuis février 2026 un kit de sensibilisation à l’IA du CP à la 5e. Des projets académiques et des concours comme les Trophées des classes, ouverts au cycle 3, existent un peu partout.

Ce sont de bonnes ressources. Elles ne sont simplement ni systématiques ni obligatoires : elles reposent sur un enseignant qui va les chercher, ou sur un partenariat local. La différence entre une ressource disponible et un dispositif imposé, c’est la couverture. Et en cycle 3, la couverture dépend de nous.

Résumons. Le Code prévoit une sensibilisation à l’IA attestée dès la fin de l’école primaire. Le dispositif national outillé démarre en 6e, sur deux parcours dont la description officielle ne mentionne pas l’IA. Et la formation IA explicite commence en 4e.

Entre les deux, il y a nous. C’est exactement là qu’une charte de cycle 3 a sa place. Pas un supplément d’âme : la pièce que le dispositif n’a pas encore fabriquée.

L’angle mort : les IA qui ne disent pas leur nom

Voilà le passage que je trouve le plus urgent, et le moins traité.

Nos chartes, la mienne comprise, sont écrites comme si l’IA était une application qu’on décide d’ouvrir. Un site, une icône, un moment identifiable. « Je vais utiliser une IA. »

Ce n’est déjà plus vrai. Et j’ai pris ma claque personnellement.

Il y a plus d’un an, j’ai changé d’opérateur. Offre commerciale du nouveau venu : un an de Perplexity Pro offert. Je bidouillais déjà un peu sur Perplexity, là j’avais le moteur complet entre les mains. Puis en mars 2026, Comet est arrivé sur iOS.

Comet, c’est le navigateur de Perplexity. Gratuit, disponible sur Mac, Windows, Android et iOS. Ce n’est pas un chatbot : c’est un navigateur, avec un assistant dans la barre latérale qui lit la page, la résume, répond aux questions et fait des choses à ta place. Quelle claque de voir le boulot abattu par un navigateur dopé à l’IA.

Et une fois la claque passée, la question pédagogique arrive toute seule. Un élève qui utilise ce navigateur ne se dit pas qu’il utilise une IA. Il se dit qu’il cherche sur internet.

Même logique du côté de Google : Gemini est adossé au moteur, au navigateur, au téléphone. L’élève ne va pas vers l’IA. Elle est déjà là où il allait.

Conséquence très concrète pour nos chartes : une règle du type « tu n’utilises pas d’IA pour tes devoirs » est devenue inapplicable, parce que l’élève ne sait pas qu’il en utilise une. La règle utile aujourd’hui, c’est de nommer les outils, de montrer où l’IA se cache, et d’apprendre à la reconnaître. Sensibiliser avant d’interdire. En CM2 comme en 6e.

Côté adulte, le cadre manque aussi

Un mot sur nous, parce que le sujet est systématiquement escamoté.

Le cadre ministériel n’interdit pas à l’enseignant d’utiliser l’IA. Il l’autorise, sous conditions. Et les outils se sont beaucoup professionnalisés. J’ai créé récemment mon premier Gem sur Gemini, que j’ai appelé « Plume de Direction ». Oui, j’avoue au passage être fan de Claude, devenu un véritable adjoint-secrétaire chez moi. Un Gem, c’est un assistant que tu configures une bonne fois pour toutes : un nom, une description, des instructions à coller. Tu charges quelques documents de référence, et le tour est joué.

Les documents, chez moi, ce sont le règlement intérieur, le projet d’école et deux ou trois notes aux familles déjà envoyées. Aucune donnée d’élève, aucun nom, aucune situation individuelle. Ce ne sont que des documents publics ou des modèles de forme. C’est précisément pour ça qu’ils peuvent y aller.

Et je dois avouer que ça fonctionne plutôt bien, puisque mon Gem m’a recadré dès la première ligne. Si si. « Votre demande comporte une contradiction. »

Je ne l’ai encore utilisé que quelques fois. Assez pour voir qu’il me fait gagner du temps sur la forme, pas assez pour savoir où il va me lâcher. Je le saurai à la première note aux familles écrite dans l’urgence.

Deux garde-fous que je m’impose, et qui devraient figurer noir sur blanc dans toute charte d’établissement.

Aucune donnée d’élève dans un outil grand public. Ni prénom, ni copie, ni observation nominative, ni photo. Jamais.

Et rien qui parte en production sans relecture. L’IA dégrossit, elle ne signe pas. Ce qui arrive devant les élèves reste ma responsabilité pleine et entière.

Ce que je mettrais dans une charte cycle 3

Si je devais écrire un document unique CM1, CM2, 6e, je le construirais comme ça.

Un tronc commun de principes courts, à la première personne, identiques du CM1 à la 6e. La continuité pédagogique se voit d’abord là : l’élève retrouve en 6e les mots qu’il a appris en CM2.

Un volet famille, parce que l’IA arrive à la maison bien avant d’arriver en classe, et que ce décalage s’accentue au collège avec le téléphone.

Une liste d’outils nommés, à réactualiser chaque année. Sans noms propres, la charte est un texte hors sol.

Un volet adulte distinct, avec la règle des données personnelles écrite en clair.

Et un point à l’ordre du jour du conseil école-collège. C’est le seul endroit où le CM2 et la 6e se parlent institutionnellement. Autant s’en servir.

La bascule n’est pas celle qu’on croit

La 6e n’est pas le moment où l’élève a le droit d’utiliser l’IA. C’est le moment où il se retrouve seul devant elle beaucoup plus souvent. Mes anciens élèves de la kermesse me l’ont dit mieux que n’importe quel texte officiel.

Le cadre ne doit donc pas changer de nature entre le CM2 et la 6e. Il doit changer de porteurs, et se dire à plusieurs voix.

📋 Pour la classe · points-clés actionnables

Vérifier avant de recopier : une charte de collège trouvée sur les réseaux gradue souvent des autorisations qui n’existent pas avant la 4e.

Nommer les outils : Gemini, Perplexity, Comet. Une charte sans noms propres ne protège de rien.

Traiter le navigateur comme un outil d’IA : c’est désormais le point d’entrée principal, et l’élève ne le voit pas.

Écrire le volet adulte : aucune donnée d’élève dans un outil grand public, relecture systématique.

Mettre le sujet au conseil école-collège : la continuité CM2 vers 6e ne se décrète pas, elle se prépare à deux.

📥 Ma charte de sensibilisation à l’IA pour les CM2 reste disponible gratuitement sur la page Ressources. Elle est calibrée premier degré, et elle le restera.

Références vérifiées dans les textes sources : cadre d’usage de l’IA en éducation (juin 2025) et note de service MENE2527173N (BO n° 6 du 5 février 2026). Aucune donnée d’élève ne figure dans cet article : les propos rapportés sont anonymes.

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