Mes réflexions du quotidien en tant que directeur et enseignant. Ce qui m'inspire, me questionne et me fait avancer.
Billet d'humeur 4 — Ces instants suspendus qu'on ne voit pas dans les reportages sur l'école
Janvier 2026
Tu connais ce moment ?
Celui où tu relèves la tête de ton bureau, où tu regardes ta classe... et où tu réalises que personne ne parle. Pas parce que tu as crié. Pas parce que tu as menacé d'une punition. Non.
Parce que tout le monde travaille.
Vraiment.
Il y a cet élève dans son coin solo, concentrée sur sa fiche de travail. Cet autre élève sur l'iPad, casque sur les oreilles, absorbée par son exercice. Ce groupe d'élèves qui collaborent sur un projet d'écriture pour notre newsletter, mais en chuchotant, VRAIMENT en chuchotant. Tous ces élèves, chacun à leur place, chacun dans leur tâche.
Et toi, tu restes là, debout, presque en apnée. En tout cas bouche béé !!
Parce que tu as peur de briser ce moment. Comme si le moindre mouvement allait faire s'envoler cette magie.
Ce silence-là, il ne s'impose pas. Il se construit.
Il est le fruit de semaines, de mois de travail. De règles répétées cent fois. De conflits réglés. D'ajustements permanents. Des "non, là c'est trop bruyant, on recommence". Des "oui, là c'est parfait, vous avez vu comme c'est agréable ?".
Ce silence-là, il a une texture particulière. Ce n'est pas le silence de l'ennui. Ce n'est pas le silence de la crainte. C'est le silence de la concentration. Le silence de l'engagement.
Et parfois, honnêtement, ça m'émeut. En fait, ça m'émeut à chaque fois 🥲
Parce que derrière ce silence, il y a la confiance. La leur, envers le système qu'on a construit ensemble avec moi à la barre. La mienne, envers leurs capacités à travailler seuls.
On me demande souvent : "Comment tu fais pour avoir une classe si calme ?"
Je n'ai pas de recette miracle. J'ai juste de la patience. De la persévérance. Et cette conviction profonde que les enfants PEUVENT travailler dans le calme si on leur en donne les moyens. Et qu'ils travaillent tellement mieux dans le calme.
La classe modulable, les coins solos, les iPads, le Programme de Travail... tout ça participe à créer les conditions de ce silence.
Mais la vraie clé, c'est la confiance.
💡 Ce qui me conforte dans ma pratique
Ce silence n'est pas un objectif en soi. C'est un indicateur. L'indicateur que quelque chose fonctionne. Que les élèves ont trouvé leur place, leur rythme, leur équilibre. Et quand il survient, même quelques minutes, il faut savourer. Parce que c'est une des plus belles récompenses de ce métier.
Billet d'humeur 3 — La reconnaissance vient rarement... de l'Institution
Janvier 2026
Parlons d'un sujet qui fâche. Ou plutôt... qui désole.
Quand on s'investit corps et âme dans son métier de Directeur d'école, quand on passe des heures à innover, à tester, à recommencer... on aimerait parfois un petit signe. Une reconnaissance. Un merci. On ne doit pas œuvrer pour la reconnaissance, sur ce point, pas de débat. Mais un signe... Juste pour dire : "Vous êtes sur le bon chemin, continuez..."
Et cette reconnaissance... elle vient. Oui, elle vient. Mais rarement d'où on l'attend.
La reconnaissance des élèves
Elle est là, tous les jours. Dans leurs yeux quand ils comprennent enfin. Dans leur sourire quand ils réussissent. Dans ce « Monsieur, c'était trop bien aujourd'hui l'école ! » lâché à la fin d'une journée.
Cette reconnaissance-là, elle n'a pas de prix. Elle est spontanée, sincère, désarmante.
Elle me porte. Littéralement. Et même après... autant d'années 😉
La reconnaissance des familles
Elle prend du temps à venir. Normal. Les parents doivent d'abord comprendre ce qu'on fait. Pourquoi on le fait. Et surtout... voir les résultats.
Mais quand elle arrive... Quel bonheur. Ce petit mot glissé au portail le matin. Ce « Mon fils n'a jamais autant aimé l'école ». Ce regard complice lors d'une réunion du Conseil d'École.
Les familles, quand elles adhèrent, deviennent des alliées précieuses. Des soutiens indéfectibles.
La reconnaissance des pairs
Celle-ci est plus rare. Plus discrète aussi.
Une question posée en salle des maîtres sur « comment tu fais pour... ». Un partage de ressources qui devient un échange.
Quand un pair reconnaît la valeur de ce qu'on fait, c'est fort. Parce qu'il sait. Il comprend les difficultés, les doutes, les échecs avant les réussites.
La reconnaissance des partenaires
Là, j'ai une anecdote. Une vraie.
Quand j'ai été nommé directeur faisant fonction, j'ai bien failli perdre mon poste. Les arcanes administratives, les jeux politiques... Je vous passe les détails.
Mais vous savez quoi ?
Tout le monde s'est mobilisé.
La mairie. La MJC. Le Centre Social. Le Collège. Les parents. Les collègues. Les partenaires avec qui je travaillais depuis deux ans seulement. Ils ont écrit. Ils ont témoigné.
Ce jour-là, j'ai compris que la reconnaissance existe. Qu'elle est puissante. Qu'elle peut déplacer des montagnes administratives.
La reconnaissance tierce : Apple, Canva...
Et puis il y a ces reconnaissances venues d'ailleurs. D'entreprises qui valorisent l'innovation pédagogique.
Apple Teacher. Apple Learning Coach. Canvassador Education France.
Ces certifications, ces titres... Ce n'est pas du vent. C'est la reconnaissance d'un travail. D'une expertise. D'un engagement.
Et l'Institution dans tout ça ?
Silence radio. Ou presque.
Je ne suis pas amer. Enfin... pas trop. J'ai appris à fonctionner autrement.
Mais je trouve ça dommage. Vraiment dommage.
Parce que la reconnaissance institutionnelle, elle a un pouvoir immense. Elle pourrait valider des pratiques. Encourager l'innovation. Donner envie à d'autres de se lancer.
Et quand elle manque... elle décourage. Elle isole. Elle fatigue.
💡 Ce qui me conforte dans ma pratique
La reconnaissance vient de partout... sauf de là où elle devrait naturellement émaner. Alors je me nourris de celle des élèves, des familles, des pairs, des partenaires. Et je continue. Parce que c'est pour eux que je fais tout ça. Pas pour un tampon sur un dossier.
Billet d'humeur 2 — Le plaisir d'un travail d'équipe
Décembre 2025
Ce second billet d'humeur est effectivement un billet de bonne humeur.
Lorsque j'organise trois heures de travail en équipe un mercredi matin du mois de décembre et que tout se passe comme ça, on ne peut que ressentir le besoin de transmettre, de partager ce billet de bonne humeur.
Trois heures consacrées à un axe fort de notre projet d'école en réécriture, réflexion qui est issue de notre évaluation d'école de l'an dernier et qui nous a vu nous pencher sur la thématique du climat scolaire.
Nous sommes certes privilégiés, mais constatons semaine après semaine, mois après mois, année après année que les incivilités, notamment entre enfants, augmentent de façon importante. Nos élèves ont de plus en plus de difficultés à discuter entre eux sereinement, à se parler convenablement, à ne pas se bousculer pour un oui pour un non, sans forcément qu'il y ait de violence, bien entendu, mais tout cela participe à un climat scolaire qui est un peu moins serein que précédemment.
Nous avons décidé donc d'accentuer notre vigilance et surtout notre travail autour d'un axe développant l'empathie.
Oui. Et en proposant à deux collègues (CE2 et CM2) de se charger de prémâcher le travail pour ne pas que nous ayons à démarrer de zéro en ce mercredi matin, j'étais loin de me douter que j'assisterai à une véritable animation pédagogique digne de ce nom avec un support de présentation, un petit livret, un premier petit jeu de cartes plastifiées et surtout une bibliographie sur laquelle nous nous appuierons et des achats à venir pour fournir toutes les classes.
Nous n'avons pas vu passer le temps et avons passé un réel moment de plaisir professionnel qui se poursuivra dès fin janvier avec la deuxième session de 3 heures sur les 9 heures consacrées à notre année 2 d'évaluation d'école.
💡 Ce qui me conforte dans ma pratique
Cette session de travail m'aura conforté dans cette idée que provoquer les discussions, renforcer l'esprit d'équipe, veiller à déléguer sont les garants d'un travail efficace, serein et fructueux.
Billet d'humeur 1 — Ces moments où l'on se sent un peu seul sur son chemin
Novembre 2025
Quand on décide de faire les choses différemment, on s'expose.
On s'expose aux questions. Aux doutes des autres. Parfois à leur incompréhension. Et même si on est convaincu de ce qu'on fait... ça peut peser.
Quand je me suis lancé dans ce projet fou "Martel V2", j'ai su que ce ne serait pas qu'un long fleuve tranquille...
Mais si j'avais su !!
Je me souviens de ce collègue qui m'a dit, avec un sourire en coin : "Toi et tes iPads, tu verras, ça te passera. Moi j'ai pas prévu de changer..."
Ou de ce parent, lors d'une réunion, qui s'inquiétait : "Mais ils apprennent vraiment à écrire, vos élèves ? Je comprends ce que vous dites mais je suis anti numérique !!"
Au début, je sortais les études. Les arguments. Les preuves. J'avais l'impression de devoir convaincre le monde entier que je ne faisais pas n'importe quoi avec "leurs" enfants.
Je me justifiais. En quelque sorte.
Et puis j'ai compris quelque chose.
On ne peut pas convaincre tout le monde. Et ce n'est pas grave.
Ce qui compte, c'est ce qui se passe dans ma classe. Avec mes élèves. Au quotidien. Les progrès que je vois. L'autonomie qui se développe. Cette petite étincelle dans leurs yeux quand ils réussissent quelque chose de nouveau.
Le regard des autres, j'ai appris à l'accueillir différemment... Enfin, je devrais plutôt dire ceci : le regard des autres, j'essaye de l'accueillir différemment. Et j'y travaille. Jour après jour !!
Le scepticisme d'un collègue ? C'est peut-être sa façon de se protéger. De ne pas remettre en question ses propres pratiques.
L'inquiétude d'un parent ? C'est de l'amour pour son enfant. Tout simplement.
La réticence d'un élu de l'opposition lors d'une commission pendant laquelle j'ai défendu le projet ? C'était à coup sûr une simple opposition politique... Sans réelle motivation.
Alors maintenant, je ne cherche plus à convaincre.
Je fais. Je montre. J'invite ceux qui veulent voir à venir dans ma classe.
Et souvent... le regard change.
💡 Ce qui me conforte dans ma pratique
Le regard des autres n'est pas un obstacle. C'est un miroir.
Il nous pousse à nous questionner. À affiner nos choix. À rester humbles.
Et parfois, avec le temps, ce regard devient celui d'un allié.
Innover, c'est aussi accepter d'être incompris... pour un temps.