L'autonomie : cette fierté dans leurs yeux
Derrière le silence de ma classe se cache une fierté. Les trois formes d'autonomie, les quatre piliers pour apprendre, et ce que ça change concrètement au quotidien.
Lire la suite →Articles, tutoriels et retours d'expérience
sur les tablettes en classe et la pédagogie modulable.
Derrière le silence de ma classe se cache une fierté. Les trois formes d'autonomie, les quatre piliers pour apprendre, et ce que ça change concrètement au quotidien.
Lire la suite →Comment j'organise l'autonomie des élèves avec le Programme de Travail : principes de Sylvain Connac, feuille de route, suivi et évolution du dispositif.
Lire la suite →Du matin au soir, comment s'organisent les rotations, les déplacements, l'utilisation des espaces. Une journée normale, avec ses réussites et ses ajustements.
Lire la suite →Dans une classe modulable, on parle souvent du travail en équipe. Mais qu'en est-il du besoin de s'isoler ? Retour sur l'importance des coins solos...
Lire la suite →Aujourd'hui, je voudrais parler de ce qui se cache derrière ce silence évoqué récemment.
La fierté.
Pas la mienne. Enfin... si, un peu quand même 😛 Mais surtout celle que je lis dans leurs yeux.
En début d'année, j'ai distribué à chaque élève une petite todo liste plastifiée. Un outil tout simple : une liste de tâches à cocher, à organiser, à gérer soi-même. Je voulais approfondir et tester quelque chose de nouveau.
Je ne savais pas trop comment les élèves allaient s'en emparer.
Certains l'ont regardée comme on regarderait un OVNI. D'autres l'ont immédiatement adoptée.
Et puis... la magie a opéré.
Petit à petit, je les ai vus s'organiser. Planifier. Anticiper. Cocher avec une satisfaction non dissimulée.
« Maître, j'ai fini mes trois tâches, je peux passer à la suite ? »
Cette phrase... Elle vaut tous les diplômes du monde.
Le mot « autonomie » vient du grec autonomos : auto (soi-même) et nomos (la loi, les règles). Être autonome, c'est donc se donner soi-même ses propres règles, en sachant qu'on le fait.
Mais attention : être autonome, ce n'est pas être livré à soi-même. Comme le souligne Philippe Meirieu, l'autonomie c'est « la capacité à se conduire soi-même, à accéder progressivement aux enjeux de ses propres actes ».
À l'école, on distingue généralement trois formes d'autonomie :
Et c'est exactement ce que je vois se construire, jour après jour, dans ma classe.
Quand on demande à un élève d'apprendre de manière autonome, quatre grandes opérations mentales sont à l'œuvre. Elles ne sont pas successives mais interagissent en permanence :
1. Comprendre — Le contexte, la consigne, l'objectif d'apprentissage, le lexique utilisé, ce qu'on attend comme résultat.
2. Planifier — Concevoir la tâche, choisir des stratégies dans un répertoire personnel : comment vais-je m'y prendre ? Par quoi commencer ?
3. Mettre en œuvre — Gérer le temps, le matériel, les outils, collaborer avec ses pairs, communiquer.
4. S'autoréguler — Évaluer son travail en cours de réalisation, changer de stratégie si nécessaire, faire le lien entre la tâche accomplie et l'apprentissage visé.
Ces opérations ne s'enseignent pas toutes seules. Elles nécessitent un accompagnement explicite de l'enseignant.
Pourquoi tout est possible ? Parce qu'ils ont compris. Compris que l'apprentissage leur appartient. Que je ne suis pas là pour tout contrôler. Que je leur fais confiance.
L'autre jour, j'ai filmé la classe au travail. D'abord pour me souvenir. Puis pour le partager.
Des élèves qui gèrent leur temps sans me demander la permission toutes les cinq minutes.
C'est ça, l'autonomie.
Ce n'est pas les lâcher dans la nature. C'est leur donner les outils pour avancer seuls... tout en restant là, pas loin, au cas où.
Ne jamais confondre autonomie et abandon… Une évidence mais mieux vaut le rappeler 😉
Aucun élève n'est « autonome » ou « pas autonome » de manière binaire. L'autonomie se construit par étapes, avec des étayages qui diminuent progressivement :
Mon rôle ? Identifier où en est chaque élève et ajuster mon accompagnement en conséquence. Un chef d'orchestre avec 23 solistes.
L'autonomie ne se décrète pas. Elle s'accompagne.
Mon rôle a changé. Je ne suis plus uniquement celui qui transmet (bien que n'ayant jamais été fan du transmissif). Mais aujourd'hui, je suis capable de me définir.
Je suis devenu celui qui :
Comme le disent les élèves eux-mêmes dans les études : « Ils nous ont fait confiance... » Et cette confiance, elle change tout.
Dans ma classe, plusieurs éléments contribuent à créer les conditions de cette autonomie :
Mais tous ces outils ne seraient rien sans l'ingrédient essentiel : la confiance mutuelle.
L'autonomie ne se décrète pas. Elle se construit. Jour après jour. Outil après outil. Erreur après erreur, aussi.
Et quand elle arrive... quelle fierté.
La leur, d'abord — cette étincelle dans leurs yeux quand ils réalisent qu'ils ont réussi seuls.
Et la mienne, je l'avoue !!
« C'est un document à partir duquel élève et enseignant s'entendent sur un parcours d'apprentissages résultant de la combinaison entre les choix de l'élève, ses capacités, les ressources de la classe et les obligations scolaires définies par l'enseignant. »
Cette définition de Sylvain Connac résume parfaitement ce que je cherche à construire dans ma classe depuis des années. Un équilibre. Entre liberté et cadre. Entre choix de l'élève et exigences du programme.
Le Plan de Travail. Ou plutôt, comme je l'appelle désormais, le Programme de Travail.
Pourquoi ce changement de nom ? Parce qu'au fil des années, mon dispositif a évolué. Il ne s'agit plus d'un plan qui n'en est pas un !! Certains diront que je pinaille mais j'aime appeler un chat un chat 🐱
C'est donc devenu un véritable programme, englobant plusieurs disciplines, plusieurs supports, plusieurs modalités de travail. Les élèves n'y choisissent pas le contenu eux-mêmes contrairement au Plan de Travail mais la façon dont ils veulent appréhender leur travail quotidien.
J'ai en effet échangé avec Sylvain Connac sur ce sujet avant de trouver cet équilibre. Mais avant de vous détailler mon organisation actuelle, laissez-moi vous raconter le chemin parcouru.
Quand j'ai commencé à m'intéresser aux Plans de Travail (il y a 16 ans 😩), je suis tombé sur les travaux de Sylvain Connac. Une révélation.
Ce qui m'a marqué dans son approche synthétisée dans cette fiche outil, c'est cette idée centrale : le Plan de Travail n'est pas une liste de tâches à cocher. C'est un contrat entre l'élève et l'enseignant. Un espace de négociation. Un outil de responsabilisation.
Sylvain Connac insiste sur plusieurs principes que j'ai fait miens :
L'autonomie se construit. On ne décrète pas un élève autonome. On l'accompagne. On lui donne des outils. On lui fait confiance... tout en l'observant. C'est ce qu'il appelle la « nécessité de faire confiance aux élèves, mais avec une observation quotidienne ».
La différenciation est au cœur du dispositif. Le PdT « offre un grand degré d'ouverture et une part d'initiative à l'élève : parcours, nature des activités, des supports, compétences à travailler ». Chaque élève avance à son rythme, selon ses besoins.
Le feed-back doit être rapide. Pour que l'élève puisse reprendre son travail, corriger, progresser. Pas de correction trois semaines plus tard.
La visibilité est essentielle. L'élève doit savoir où il en est. Pendant l'heure. Pendant la semaine. Sur l'année. Sylvain Connac parle d'« assurer à l'élève la visibilité dans sa progression ».
Ces principes, je les ai gardés. Et j'ai construit mon système autour d'eux.
Au départ, mon Plan de Travail était simple. Une matière. Une feuille A4. Des exercices à faire.
Et puis j'ai voulu enrichir. Complexifier. Personnaliser.
Chaque élève dispose d'une feuille de route pour chaque période (3 à 4 semaines la plupart du temps). C'est son tableau de bord. Son guide. Son contrat.
Sur cette feuille, il trouve :
Les activités par discipline. Français : vocabulaire, conjugaison et même des activités de lecture et d'écoute via le dispositif « LirÉgoûter » (une vidéo, une lecture, une écoute audio à comprendre). Mathématiques : géométrie, grandeurs et mesures. Histoire. Sciences... Chaque bloc indique clairement les notions à travailler. (Petit rappel, je suis déchargé de classe les lundis et mardis).
Les modalités de travail. Certaines activités se font sur papier : fiches, cahier du jour, fichier de géométrie. D'autres se font sur support numérique. Un petit logo à côté de chaque activité indique le support : par exemple, le logo Classe Numérique (un outil de monecole.fr) signale une fiche à réaliser sur iPad.
Les évaluations prévues. L'élève sait, dès le départ, quelles évaluations auront lieu et sur quelles notions. Pas de surprise. De la visibilité. Et le tout au rythme de l'élève, quand il se sent prêt et quand il a compris la notion.
Le suivi du métier d'élève. Autonomie, participation, coopération, comportement, soin... L'élève s'autoévalue chaque semaine et en fin de PdT sur ces compétences transversales.
Les bonus et défis. Rébus, énigmes, coloriages, mots croisés, personnages mystères... Pour ceux qui avancent vite ou qui ont besoin de souffler.
Les projets personnels. Matheros, lecture libre, journal de classe... Des espaces de liberté encadrée.
Cette feuille de route, je la crée sur Canva. Pourquoi ? Parce que je peux la rendre visuelle, colorée, thématisée (pingouins en hiver, par exemple !). Et surtout : je peux la modifier facilement d'une période à l'autre. Ah aussi... J'adooooore Canva et pas seulement parce que je viens d'être choisi comme Canvassador 😉 (mais si je reste humble !!)
Début de période. Chaque élève reçoit sa feuille de route. On prend 15 minutes pour la découvrir ensemble. Je présente les nouvelles notions. Je montre où trouver les ressources. Je réponds aux questions.
Ensuite ?
Pour chaque notion, il y a ce que j'appelle la séance découverte : un simple rappel ou une vraie leçon au sens "traditionnel" du terme.
Et puis ? Chacun s'organise.
Certains élèves commencent par ce qu'ils aiment. D'autres par ce qui leur semble difficile. Certains planifient leur période au jour le jour (j'ai mis à disposition des todo listes pour les élèves qui en ont besoin). D'autres avancent au fil de l'eau.
Et c'est exactement ce que je veux. Qu'ils apprennent à se connaître. À identifier ce qui fonctionne pour eux. À gérer leur temps.
Pendant ce temps, moi, je circule. J'observe. Je m'arrête auprès d'un élève qui bloque. Je valide le travail d'un autre. Je relance celui qui râle ou qui rêvasse (si, si, ça arrive 😇).
Sylvain Connac le souligne : le PdT « permet la différenciation en laissant du temps aux enseignants pour accompagner de manière personnalisée un élève pendant que les autres sont investis dans leur PdT respectif ».
Je suis disponible. Et ça, ça change tout.
L'autonomie, ce n'est pas l'abandon. Là encore, Sylvain Connac insiste : « prévoir l'observation et l'analyse du travail au fil de l'eau ».
Mon suivi repose sur plusieurs outils :
La feuille de route elle-même. Les cases à cocher (crayons verts/rouges) permettent à l'élève ET à moi de voir l'avancement. En fin de période, je compte les crayons verts sur le total maximum de crayons possibles d'obtenir. Simple. Visuel. Efficace. Une évaluation formative (j'en reparlerai peut-être un jour car il me semble indispensable de ne pas être que dans l'évaluation sommative).
Les validations en direct. Pendant les temps de Programme de Travail, je valide certains travaux immédiatement. L'élève vient me voir, je vérifie, je valide ou je fais recommencer. Feed-back rapide. Quand un élève a validé sa fiche "1 crayon" comme nous l'appelons (la fiche d'entrainement), il peut prétendre à passer l'évaluation.
Le suivi du métier d'élève. Chaque semaine, l'élève s'autoévalue sur l'autonomie, la participation, la coopération, le comportement, le soin. On en discute. On ajuste.
Les entretiens individuels. Régulièrement, je prends quelques minutes avec un élève pour faire le point. Où en es-tu ? Qu'est-ce qui te pose problème ? Comment puis-je t'aider ?
Parce que oui, j'en ai fait des erreurs. Et Sylvain Connac les liste dans ses points de vigilance !
Écueil n°1 : Ne pas assez expliciter. Sylvain Connac avertit : « Prendre le temps de mettre en place le protocole du PdT afin de s'assurer de la capacité de l'élève à s'en saisir (éviter ainsi de reproduire les inégalités). » Les élèves ne savent pas naturellement utiliser un PdT. Il faut prendre le temps de leur expliquer. De modéliser. De répéter.
Écueil n°2 : Oublier le collectif. Le Programme de Travail, c'est du travail individuel. Mais il ne doit pas remplacer les temps collectifs. Sylvain Connac parle de « penser la place du collectif et le rôle éventuel des pairs ». Les leçons, les mises en commun, l'entraide entre élèves... tout cela reste essentiel.
Écueil n°3 : Ne pas vérifier les travaux. Ce n'est pas parce qu'un élève a coché que c'est bien fait. Je vérifie. Toujours. Là encore, Sylvain Connac recommande d'ailleurs de « penser aux documents d'étayage (fiches coups de pouce, exercices auto-correctifs) » pour alléger la charge de correction.
Après plusieurs années de pratique, je vois des évolutions nettes chez mes élèves.
Ils savent s'organiser. Planifier leur travail. Gérer leur temps. Prioriser.
Ils assument leurs choix. S'ils n'ont pas terminé, ils savent pourquoi. Et ils savent comment faire mieux la prochaine fois.
Ils deviennent acteurs. Ce n'est plus moi qui leur dis quoi faire à chaque instant. C'est eux qui décident, dans un cadre que j'ai défini.
Ils progressent à leur rythme. Les plus rapides ne s'ennuient pas (bonus, défis, projets personnels). Les plus lents ne sont pas perdus ou noyés. Chacun avance.
Ils coopèrent. Le PdT « permet de développer l'autonomie des élèves et la coopération entre pairs ». Les élèves peuvent s'entraider. Celui qui a compris explique à celui qui bloque (à ma demande ou après mon feu vert... indispensable !!)
💚 Et ce silence concentré qui règne pendant les temps de Programme de Travail ? C'est le plus beau des indicateurs. 💚
Commencer petit : Une matière, un créneau, des activités simples. On complexifie ensuite.
Expliciter le dispositif : Prendre le temps d'expliquer aux élèves comment fonctionne le PdT. Modéliser. Ne pas reproduire les inégalités.
Garder une trace visuelle : La feuille de route papier reste un outil puissant pour que l'élève visualise sa progression.
Varier les supports : Papier, numérique, fichier... L'important, c'est l'apprentissage, pas le support.
Observer quotidiennement : Faire confiance ne signifie pas lâcher prise. Le suivi est essentiel.
Penser au collectif : Le PdT ne remplace pas les temps de leçon, de mise en commun, d'entraide.
Prévoir des temps d'échange : Entretiens individuels réguliers pour faire le point avec chaque élève.
Et si vous voulez voir à quoi ressemble ma feuille de route... restez connectés. Je prépare un template à partager !
"Mais concrètement, ça se passe comment une journée chez toi ?"
Question récurrente. Légitime.
Parce que parler de classe modulable, de tablettes, d'autonomie... c'est bien. Mais montrer à quoi ressemble une vraie journée, c'est mieux.
Alors voilà, c'est ce que je vise dans cet article. Présenter une journée type. Pas une journée idéale. Pas une journée qui se déroule tout le temps comme on veut. Une journée normale. Avec ses réussites et ses ajustements.
Les élèves entrent. Pas en rang. Pas en silence. Mais calmement. Au fur et à mesure de leur arrivée dans l'école.
Sur le tableau numérique, un écran d'accueil. J'utilise Classroomscreen ou parfois un Genially que j'ai préparé.
Sur cet écran : la date, un petit message de bienvenue, les devoirs, parfois un message particulier...
Les élèves s'installent, regardent l'écran, commencent à s'organiser. Les métiers s'activent…
Pendant ce temps, je suis disponible. Pour un mot, une question, un souci de la veille, un document à me rendre...
Ce temps d'accueil, je l'ai longtemps négligé. Aujourd'hui, je le considère comme essentiel. Il donne le ton de la journée.
On démarre ensemble. Rituels du matin : date en anglais, survol de l'emploi du temps pour savoir où on va dans la journée, questions diverses...
Puis une dictée flash.
Nous avons ma moitié et moi recréé entièrement ce système basé sur :
Au fait, on écrit sur des cahiers !! Oui, oui, même dans une classe modulable avec des iPads partout, il y a des temps collectifs traditionnels. Et c'est normal.
Pas de plus-value pour cette activité à utiliser les iPads, sauf pour un élève qui aurait des problèmes liés à l'écrit et qui pourrait bénéficier de cet outil pour :
Cette dictée dure généralement 20 bonnes minutes, entre la dictée, la relecture avec conseils, la correction et pour les champions de dictée, la distribution de stickers panda.
C'est là que la magie opère. Vraiment, ces temps de travail individuel sont magiques…
Chaque élève sort sa feuille de route. Ils savent ce qu'ils ont à faire et ils choisissent par quoi commencer.
Certains utilisent une TODO liste plastique qu'ils complètent avant de se mettre au travail.
Nous avons mis en place un travail sur Rallye lecture qui consiste en trois questionnaires sur tablettes. Pourquoi ce terme "LirÉgoûter" ? Parce que nous choisissons :
Et moi dans tout ça ? Qu'est-ce que je fais ?
Ce temps peut durer 45 minutes à une heure.
C'est le cœur de ma pédagogie. L'autonomie se construit ici.
L'heure de la pause a sonné. Pour les élèves comme pour moi 😉
La cour végétalisée, c'est pas du luxe. Les enfants en ont besoin, les adultes aussi !!
On reprend le cheminement du travail individuel.
En fonction de ce qui s'est déroulé avant la récréation, j'adapte :
Et le travail reprend, chacun avance. Personne n'attend. Tout le monde est actif.
Cinq minutes. Pas plus.
On fait le point. Qui a avancé ? Qui a bloqué ? Qui a besoin d'aide cet après-midi ?
Ce temps de métacognition est précieux. Les élèves apprennent à s'auto-évaluer. À verbaliser leurs difficultés. Et ce n'est pas Britt-Mari Barth qui me contredira je pense !!
Le retour en classe se fait en douceur.
Pas de bruit. Pas de mouvement. Juste des pages qui tournent.
Ce rituel a transformé l'ambiance de nos après-midis.
Les élèves reviennent de la cantine souvent excités. Ce temps de lecture après un temps de cohérence cardiaque les recentre.
Et ils lisent. Vraiment. Beaucoup ont (re)découvert le plaisir de lire grâce à ce rituel et au Prix LirElire.
La première partie d'après-midi est consacrée aux ateliers.
Je fonctionne souvent en ateliers tournants. Quatre ou cinq ateliers selon les jours, les besoins, les projets ponctuels.
En vrac :
Les élèves tournent toutes les 15-20 minutes.
C'est intense à mettre en place au début. Mais une fois que c'est rodé... Quel bonheur.
Chacun avance. Personne n'attend. Tout le monde est actif. Une véritable fourmilière dans laquelle chacun s'active en sachant très bien ce qu'il a à faire…
On boucle la journée avec ce temps consacré aux autres disciplines (pour moi, Histoire, Sciences...).
Selon les jours, le format varie. Parfois collectif. Parfois en groupes. Parfois avec les iPads pour des recherches ou des productions.
La modularité reste le maître-mot 🥳
On boucle la journée.
Et à 16h30... 🎬 Clap de fin. 🎬
Une journée comme celle-ci n'est pas révolutionnaire sur le papier.
Mais ce qui change tout, c'est la fluidité et surtout L'ANTICIPATION rendue possible grâce à LA PRÉPARATION en amont et le SUIVI de classe.
Chacun sait ce qu'il a et aura à faire dès 8h30. Les transitions sont rapides. Le temps perdu est minimal. Je parle donc très peu.
Du coup...... les élèves sont acteurs. Pas spectateurs.
C'est ça, pour moi, la classe modulable. Pas juste des meubles qui bougent. Une organisation qui permet à chacun d'apprendre à son rythme.
Dans une classe modulable, on parle beaucoup du travail en équipe. Les îlots, la coopération, les échanges entre élèves... Et c'est formidable.
Mais il y a un aspect qu'on oublie souvent : le besoin de s'isoler.
Certains élèves ont besoin de calme pour se concentrer. D'autres cherchent simplement un moment de tranquillité dans une journée chargée en interactions sociales.
C'est pour cela que j'ai multiplié les "coins solos" dans ma classe. Et non, ce n'est pas une punition. C'est un choix pédagogique.
Un coin solo, c'est simplement un espace individuel de travail. Une table isolée, parfois face à un mur ou une fenêtre, parfois dans un recoin de la classe.
L'idée : offrir aux élèves la possibilité de s'extraire du groupe quand ils en ressentent le besoin, sans avoir à demander la permission à chaque fois.
Avec une classe de 24-27 élèves, j'ai voulu que chaque élève puisse, s'il le souhaite, trouver un espace pour travailler seul. 10 coins solos, c'est presque la moitié de la classe.
Cela peut sembler beaucoup. Mais dans la pratique, ils ne sont jamais tous occupés en même temps. Et quand un élève en a besoin... il y en a toujours un de disponible.
Comment responsabiliser les élèves autour du numérique ? Cette question, je me la suis posée dès que j'ai commencé à utiliser les iPads en classe.
La réponse que j'ai trouvée : créer de vrais métiers avec de vraies missions.
Pas des responsabilités symboliques. Des rôles concrets, utiles, qui font tourner la classe au quotidien.
Ce sont les gardiens de la classe mobile. Chaque matin, ils sortent les iPads, vérifient les charges, signalent les problèmes. Chaque soir, ils rangent tout et branchent les tablettes.
Ils gèrent aussi les mises à jour quand je leur signale qu'il y en a. C'est un vrai travail de responsable informatique !
Quand un camarade a un souci technique, il ne vient pas me voir en premier. Il appelle un dépanneur.
Ces élèves ont été formés aux problèmes courants : application qui ne s'ouvre pas, son qui ne fonctionne pas, connexion Wi-Fi perdue...
80% des problèmes sont résolus sans mon intervention. Et les dépanneurs adorent leur rôle !
Ils sont responsables du classement des fichiers dans les dossiers partagés. Quand on fait une production collective, ce sont eux qui organisent, renomment, archivent.
Un métier moins visible mais essentiel pour garder un environnement numérique propre.
Après un nombre incalculable de modifications, des semaines de réflexion et des soirées, matinées, mercredi ou week-end à pousser des meubles, j'ai enfin trouvé mon organisation spatiale de classe.
L'objectif : créer un lieu plus fluide pour le travail en équipes, des coins solos à foison et une utilisation plus aisée et contrôlée des tablettes.
Mes précédentes organisations posaient plusieurs problèmes :
J'ai finalement opté pour 4 équipes de 6 élèves (avec possibilité d'ajouter une équipe quand j'ai plus de 24 élèves).
Plus d'élèves par équipe = plus de bruit ?... NON, et le travail coopératif fonctionne à merveille dans ce type de configuration.
L'endroit où nous branchons notre classe mobile (la valise accueillant les iPads) a été déplacé près de la porte : plus simple pour avoir cette zone de "check-in" pour que les élèves signalent quand ils souhaitent prendre ou rendre un iPad et que les informaticiens les accueillent.
Une table (coin solo) à proximité sert également de lieu de pose des iPads lors des mises à jour qu'effectuent les responsables.
Après presque un trimestre, le bilan est ultra positif.
Les élèves circulent mieux, les rotations sur les iPads sont plus fluides, et j'ai l'impression d'avoir gagné en sérénité.
Finalement, c'est aussi ça, la classe modulable : on teste, on observe, on ajuste. Et on recommence 😉
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