Billet d'humeur 20 — On a regardé l'école brûler depuis le canapé

Septembre 2026

Un dimanche soir, Zone Interdite. Ma réaction a mis quinze minutes à arriver. Le problème, c'est qu'elle était déjà écrite.

Des classes de troisième sans professeur pendant des semaines. Des adultes insultés. Des recrutements sans le moindre contrôle. Deux heures de caméra cachée, que j'ai regardées en replay le mercredi suivant, et une phrase qui monte toute seule dans ma tête : ils ont laissé faire.

Ils. Sans échantillon. Sans savoir combien d'établissements sur soixante mille. Sans une seconde de recul.

J'avais passé le week-end et mon mercredi sur autre chose. Une lecture ligne à ligne des résultats PISA 2025, avec une obsession : ne jamais faire dire à un chiffre plus que ce qu'il dit. Trente-huit sections, quatre niveaux de preuve, une règle tenue partout. Ce qui est mesuré, ce qui est conclu, ce qui est interprété, ce qui est supposé.

Quinze minutes de télévision ont suffi à effacer tout ça.

Si moi je tombe, avec ce travail encore frais, alors le format fonctionne exactement comme il est conçu pour fonctionner. Ce n'est pas un reproche aux journalistes. Ce qu'ils montrent existe. Mais montrer que ça existe et montrer à quel point c'est répandu sont deux gestes différents, et un seul des deux a été fait.

Reste la question que le reportage pose sans la poser.

Ce que je retiens vraiment

On parle beaucoup de ce que les élèves sont devenus. Moins de ce que nous les avons laissés devenir.

Je ne dis pas ça contre qui que ce soit. Je le dis pour nous tous, moi le premier. Chaque fois qu'on renonce à une exigence parce qu'on est fatigué. Chaque fois qu'on laisse passer parce que ce n'est pas le moment. Chaque fois qu'on ne reprend pas une remarque déplacée parce qu'il reste vingt minutes de séance et un programme à finir. Ces micro-renoncements ne se voient pas. Ils s'additionnent pendant neuf ans de scolarité obligatoire.

Un enfant de onze ans qui arrive au collège a été façonné par ce que des adultes ont accepté ou refusé devant lui. Pendant sept ans. Dont cinq dans mon école.

Alors l'exercice honnête, ce n'est pas de désigner le maillon qui a lâché. C'est de regarder le sien.

Ce que ça change dans mon travail

C'est ce que je veux faire de plus cette année.

D'un côté, ce que PISA décrit chez des jeunes de quinze ans. Lire un texte long sans décrocher. Juger d'une source. Tenir un raisonnement qui demande plusieurs étapes. De l'autre, ce que nos évaluations nationales disent de nos élèves aujourd'hui, à l'échelle de l'école.

Entre les deux, il y a cinq années d'élémentaire. Les nôtres.

Je ne peux rien mesurer là-dessus, et je ne prétends pas le contraire. Aucune donnée ne relie une pratique de CE2 à un score de seconde. Mais je peux remonter le raisonnement et me demander, devant chaque habitude installée, si elle construit ou si elle dispense.

Ce travail est en cours. Il ne produira pas de résultat cette année, ni probablement la suivante. Il se discutera en conseil des maîtres, pas ici.

💡 Ce que je retiens pour moi

Ce dont je suis sûr, c'est de ce que j'ai ressenti mercredi après-midi. La colère est arrivée avant la pensée. Elle cherchait des coupables et elle en a trouvé immédiatement, très loin de moi.

C'est probablement le seul enseignement solide de mon mercredi après-midi.

🔗 Pour aller plus loin : PISA 2025, du CP à 15 ans, ma lecture française du Volume I, avec une focale école élémentaire.

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