Les projets qui m'ont fait vibrer

En plus de vingt ans, j'ai monté des dizaines de projets. Certains ont fonctionné, d'autres moins. Mais quelques-uns m'ont fait vibrer. Voici lesquels — et ce qu'ils ont en commun.

📅 Juin 2026 · 8 min de lecture
« Maître, on peut refaire un projet comme ça l'année prochaine ? »

Cette phrase. Elle vaut toutes les inspections du monde. Tous les rapports. Toutes les validations institutionnelles.

Quand je relis ma carrière, ce ne sont pas les bonnes notes aux évaluations nationales qui me reviennent. Ce sont ces moments-là. Ces projets qui ont dépassé le cadre de la classe pour devenir une aventure. Pour les élèves. Et pour moi.

En voici cinq. Cinq qui m'ont fait vibrer.


Espoir — Quand une classe devient troupe de théâtre

Lyon 8ème — Une école, un album, une salle de spectacle

Couverture de l'album jeunesse adapté pour le spectacle Espoir
L'album à l'origine du spectacle — « L'esclave qui parlait aux oiseaux », Yves Pinguilly & Zaü (Rue du Monde)

C'était il y a longtemps. Une autre époque. Une autre école. Dans le 8ème arrondissement de Lyon.

L'idée était simple sur le papier : adapter un album jeunesse en spectacle vivant. Théâtre, chant, mise en scène. Avec des élèves d'élémentaire.

Simple sur le papier. Titanesque dans la réalité.

Des semaines de répétitions. Des décors à fabriquer. Des textes à apprendre. Des chansons à répéter encore et encore.

Et au bout du chemin… le théâtre du 8ème. Une vraie scène. Un vrai public. De vrais projecteurs.

Je me souviens encore du trac. Le mien. Pas celui des élèves. Eux, ils étaient prêts. Ils avaient travaillé tellement dur qu'ils ne pouvaient que réussir.

Et ils ont réussi. Magistralement.

Ce que j'ai appris : Quand on fait confiance aux élèves, ils nous surprennent toujours. Toujours.


Le Roi Abeille — Quatre classes, un Roi Lion revisité

Deux GS, un CP, un CM2 — Théâtre et ombres chinoises

Celui-là, c'était de la folie. De la pure folie.

Quatre classes. Des élèves de 5 à 11 ans. Un projet commun : adapter Le Roi Lion à notre sauce. Le Roi Abeille.

Pourquoi « Abeille » ? Parce que l'école maternelle avait un projet autour des abeilles. Et qu'il était intéressant de faire le lien. Et que j'avais cette comédie musicale en moi depuis longtemps. Facile de l'adapter.

La mise en scène mêlait théâtre classique et ombres chinoises. Les grands écrivaient les textes avec les petits. Les moyens créaient les décors. Tout le monde chantait.

Coordonner quatre classes ? Un cauchemar logistique. Mais un bonheur pédagogique.

Les CM2 qui aident les GS à mémoriser leurs répliques. Les CP qui apprennent les chansons aux plus grands. Les GS qui corrigent la prononciation des CM2.

L'inter-âge à son meilleur.

Ce que j'ai appris : Les projets les plus ambitieux sont souvent les plus formateurs. Pour les élèves. Et pour l'enseignant.


Henri et la Liberté — Un spectacle musical total

Chaponost — Deux CM2, son, lumière, projections

Couverture de l'album Henry et la liberté, à l'origine du spectacle musical
L'album source du spectacle — « Henry et la liberté », Ellen Levine & Kadir Nelson (Les Éditions des éléphants)

Un nouveau défi.

Avec ma moitié, collègue de l'autre CM2, on a voulu voir grand. Très grand. Un spectacle musical complet. Son professionnel. Éclairages. Projections vidéo. Chants polyphoniques.

Le thème : la liberté. À travers l'histoire d'Henri, un personnage fictif traversant les grandes périodes de l'Histoire de France.

Le travail a été colossal. Les répétitions interminables. Les ajustements techniques permanents.

Mais le soir de la représentation, à la salle des fêtes de Chaponost, pleine à craquer… Tout a pris sens.

Les élèves ont chanté. Joué. Ému. Les parents ont pleuré. Oui, pleuré.

Ce que j'ai appris : Un projet réussi, c'est un projet qui crée de l'émotion. Chez les élèves. Chez les familles. Chez les enseignants.


Arts à Z — Un abécédaire artistique devenu musée

26 lettres, 26 artistes ou techniques, 1 exposition

A comme Anamorphose — installation in situ de Georges Rousse, première lettre de l'abécédaire Arts à Z
« A comme Anamorphose » — d'après une installation de Georges Rousse © Georges Rousse

A comme Anamorphose, une illusion initiée par le photographe français Georges Rousse. B comme Buren et ses célèbres colonnes. C comme Compas avec les magnifiques fleurs à la manière de Takashi Murakami…

L'idée : parcourir l'alphabet pour découvrir l'art sous toutes ses formes. Chaque lettre = un artiste, une œuvre, une technique.

Les élèves ne se contentaient pas d'étudier. Ils créaient. Ils reproduisaient. Ils interprétaient.

À la fin de l'année, la classe s'est transformée en musée. Un vrai musée. Avec des cartels explicatifs. Un parcours de visite. Des audio-guides enregistrés par les élèves eux-mêmes.

Les parents étaient invités à un vernissage. Avec… vente des œuvres. L'argent récolté a financé la sortie de fin d'année.

Ce que j'ai appris : Donner de la valeur au travail des élèves, c'est leur donner de la confiance. Vendre leurs œuvres, c'était leur dire : « Ce que vous faites a de la valeur. »


La classe verte à vélo — Saint-Étienne et retour

Une classe, des vélos, une aventure

Celui-là, c'est peut-être mon préféré. En tout cas, le plus spectaculaire.

Une classe verte, oui. Mais pas n'importe comment. À vélo.

Direction Saint-Étienne. Et surtout… retour de Saint-Étienne à Chaponost. À la force des mollets.

La préparation a été longue. Entraînements réguliers. Sorties vélo dans le quartier. Puis dans la commune. Puis plus loin.

Le jour J, les élèves étaient prêts. Physiquement. Mentalement.

Le trajet retour ? Épique. Des montées interminables. Des pauses au bord de la route. Des encouragements entre élèves. Et puis… l'arrivée.

Les parents qui attendaient. Les élèves qui franchissaient la ligne d'arrivée, épuisés mais fiers. Tellement fiers.

Ce que j'ai appris : Le dépassement de soi, ça se construit. Et quand les élèves découvrent qu'ils peuvent accomplir ce qu'ils pensaient impossible… ils grandissent. D'un coup.


Le fil rouge de tous ces projets

En relisant ces souvenirs, je vois un fil rouge.

Ces projets ont tous en commun : avoir poussé les élèves au-delà de leur zone de confort. De leur avoir demandé plus qu'ils ne pensaient pouvoir donner. De les avoir mis en situation de créer, de se dépasser, de collaborer.

Et à chaque fois, ils ont répondu présent.

C'est ça qui me fait vibrer. Cette confiance réciproque. Cette ambition partagée. Cette aventure commune.

Aujourd'hui, ma place a changé. Directeur, je n'ai mes CM2 que deux jours par semaine — et j'ai appris à mes dépens que ces grands feuilletons au long cours tiennent mal quand on partage sa classe. Alors je les rêve autrement : plus courts, plus bornés. Mais la vibration, elle, reste la même.

Et vous, quels sont les projets qui vous ont fait vibrer ?

📋 Pour la classe — Points-clés actionnables

  • Oser voir grand : Les projets ambitieux sont souvent les plus formateurs.
  • Faire confiance : Les élèves surprennent toujours quand on leur en donne l'occasion.
  • Viser l'émotion : Un projet réussi crée de l'émotion. Chez tous les acteurs.
  • Valoriser le travail : Donner de la valeur aux productions des élèves renforce leur confiance.