La semaine dernière, le mercure a refusé de descendre. Impossible de tenir ma salle de classe au premier étage. J'ai éclaté mon CM2 dans tous les recoins de l'école. Et j'ai vécu deux des plus belles matinées de l'année.
Jeudi matin. 8h30. Le thermomètre de ma classe affiche déjà 28°C. À 10h, ce sera intenable.
Je connais l'équation par cœur : un CM2 à 32°C dans une salle qui ne se ventile pas, les élèves s'effondrent, sont incapables de se concentrer. Et un instit qui s'épuise à courir après l'attention de tout le monde.
Alors j'ai décidé d'arrêter de me battre contre les murs. Je suis sorti de ma salle. Avec toute la classe.
Pas dehors. Partout.
Trois lieux, un seul groupe
J'ai éclaté ma classe sur trois espaces de l'école :
👉 La bibliothèque, au rez-de-chaussée, ses poufs, ses tables basses, son carrelage frais.
👉 L'arrière de l'école, devant les fenêtres de la bibliothèque, avec quelques tables et chaises tirées à l'ombre.
👉 La forêt des contes — cette zone sous les arbres dont je t'ai déjà parlé dans mon précédent billet sur la classe dehors.
Trois groupes, trois lieux, trois ambiances. Le même programme : Programme de travail, iPad pour LirEgouter, Matheros, Motoufo, lecture avec la poursuite de l'étude de l'œuvre Le bouleversant destin d'Anne Frank (Belin Éducation). Le même groupe d'élèves qui tourne sur les trois espaces dans la matinée.
Je m'attendais à devoir gérer la dispersion, courir partout, batailler. Je me suis préparé mentalement à une matinée compliquée.
C'est l'inverse qui s'est passé.
Ce qui ne devrait pas marcher… qui marche
Pas un bruit. Ou plutôt : pas de bruit parasité. Les élèves se parlaient, oui — mais sur leurs exercices. La concentration qu'on peine parfois à obtenir en classe est venue toute seule.
Y compris — surtout — chez ceux qui d'habitude décrochent au bout d'un quart d'heure.
Un élève qui passe d'ordinaire la moitié du temps à se balancer sur sa chaise est resté immobile vingt minutes, plongé dans sa fiche de conjugaison. Sur un pouf. Sans table.
Une élève qui parle TOUT LE TEMPS en classe a baissé la voix. Naturellement. Parce que la bibliothèque, c'est un lieu où on chuchote.
J'ai vu ce que je n'avais pas vu de l'année.
Pourquoi ?
Je n'ai pas d'explication scientifique. J'ai des hypothèses.
Peut-être que changer de lieu, c'est sortir du cadre des habitudes. Et avec les habitudes, on évacue aussi les automatismes : la chaise qu'on bascule en arrière, le copain à côté qu'on embête sans même y penser, la fenêtre qu'on regarde parce qu'on l'a toujours regardée.
Peut-être que chaque lieu impose son code : la bibliothèque demande le silence, la forêt des contes demande le calme, l'arrière de l'école demande de s'adapter. Et les élèves, sans qu'on leur explique, le sentent.
Peut-être que les élèves ont aimé qu'on les considère assez pour leur faire confiance dans des espaces non prévus pour la classe.
Peut-être les trois.
Ce que j'en retiens
J'ai fait classe dans trois lieux par contrainte. La chaleur m'y a forcé. Je n'aurais peut-être jamais essayé sinon — par peur de la dispersion, par habitude, par confort.
Et c'est en étant forcé que j'ai découvert quelque chose qui mérite d'être réfléchi : la salle de classe standard n'est pas le seul espace possible. Ce n'est même pas, peut-être, le meilleur pour certaines tâches.
Le dehors, je le savais déjà — j'en ai fait un billet il y a quelques jours. Mais la classe partout dans l'école, c'est nouveau pour moi. Et ça ouvre une porte que je ne vais pas refermer.
La rentrée prochaine, j'essaierai sans attendre la canicule.
🎯 Pour la classe
Pas besoin d'avoir une forêt des contes pour essayer. Une bibliothèque, un préau, un couloir large, le hall d'entrée à un moment calme — tout espace différent de ta salle peut devenir une variation pédagogique. Commence petit : une demi-journée, un seul groupe, une seule matière. Et observe.