Vingt ans d’enseignement : ce qui a changé en moi
Mai 2026Vingt ans.
Vingt ans que je me lève le matin en sachant que je vais passer la journée avec des enfants.
Vingt ans que j’entends des « M’sieur ! », « Maître ! » dans les couloirs.
Vingt ans que je range des cartables tombés, que j’arbitre des conflits de cour de récré et que j’explique les fractions avec des pizzas imaginaires. D’ailleurs en passant, à ne surtout pas faire en fin de matinée cette séance 😊
Il faut bien avouer que ça laisse des souvenirs.
Mais pas forcément là où on l’imagine.
Ce que je croyais savoir
Quand j’ai démarré, j’avais des certitudes. Plein. Le programme, le tableau noir, le silence en classe. L’enseignement comme transmission du savoir. Simple. Efficace. Non ?
Vingt ans plus tard, je rigole doucement de ce que j’étais. Pas par honte — par tendresse, plutôt. Ce jeune prof avait l’enthousiasme. Il lui manquait juste… tout le reste !!
Ce qui a vraiment changé
Aujourd’hui, ce qui m’anime — et je pèse mes mots — c’est former des CITOYENS.
Pas juste des élèves qui savent lire et compter. Des citoyens du futur autant que de futurs citoyens.
Des humains capables d’affronter ce qui arrive : la désinformation, l’intelligence artificielle, le dérèglement climatique, les crises en cascade, la violence de partout. Les défis sont nombreux, et ils sont réels. Et les enfants qui sont dans ma classe aujourd’hui, avec leurs iPads et tout le reste, ce sont eux qui vont devoir y répondre demain ou après-demain.
Ça change tout à la façon dont j’enseigne. Ça change ce que je mets dans une séance. Ça change la question que je me pose le soir : « Aujourd’hui, est-ce que je les ai aidés à penser ? »
Former ceux qui formeront
Mon grand âge (!!) m’a aussi amené à regarder au-delà de ma classe.
J’ai des choses à partager. Pas des certitudes — des expériences. Sur l’IA en éducation, sur Canva comme outil pédagogique, sur l’écosystème Apple pour les enseignants. Pas pour faire le malin en salle des maîtres. Mais parce que si ça peut aider un collègue à faire quelque chose de mieux avec ses élèves, alors c’est du temps utile.
Former des enseignants. Accompagner. Transmettre autrement. C’est une des directions que je veux continuer à creuser — si vous voulez en savoir plus sur ce parcours, c’est par ici.
Ce qui me pèse
Il faut bien l’écrire, même si c’est inconfortable.
En vingt ans, j’ai vu quelque chose s’effriter. Quelque chose d’essentiel, de discret, qu’on remarque surtout quand il n’est plus là.
Le RESPECT.
Pas de façon dramatique — pas du jour au lendemain. Mais progressivement. À tous les niveaux. Entre élèves. Envers les adultes. Parfois envers les familles elles-mêmes. Et je ne dis pas ça pour accabler qui que ce soit. Je dis ça parce que c’est ce que j’observe. Et parce que ça me fait de la peine, vraiment.
Alors je continue. Je continue à nommer les choses. À poser des règles. À exiger — avec bienveillance, mais exiger quand même. Tant que j’aurai une classe, je ferai ce travail-là. Tant que je serai directeur, je ferai ce travail-là.
Ce qui n’a pas changé
L’envie. Intacte. Presque.
Ce moment où un élève comprend quelque chose qu’il ne comprenait pas. Ce regard. Ce petit « Ahhh ! » silencieux. Ça, ça ne vieillit pas.
Vingt ans. Et toujours là. Avec les iPads en plus 😊
💡 Ce qui me conforte dans ma pratique
Vingt ans. Et si c’était à refaire ?
Sans hésiter.
Se projeter, c’est déjà un peu débuter.