Billet d'humeur 6 — Directeur ET enseignant : jongler au quotidien
Mars 2026Ce billet d'humeur parle de cette double casquette que certains d'entre nous portent chaque jour.
7h15. J'arrive à l'école. J'avoue je suis matinal… mais alors pas du tout soirinal ð
Je pose mes affaires en classe et/ou au bureau je fonce au bureau de direction et/ou dans ma classe.
En général, assez rapidement, un collègue vient me voir pour quelque chose d'urgent… ou un parent m'a écrit sur One pour quelque chose d'encore plus "urgent".
7h28. Le problème est réglé. Enfin... la plupart du temps…
7h45. Le gros des troupes arrivent. J'ai intérêt d'être prêt et d'avoir photocopié ce qui devait l'être car c'est le rush en salle des maitres !!
À ce moment-là, si je suis en classe la journée, je cours vers ma classe pour préparer mon installation du matin (détaillée en vidéo sur mes réseaux).
8h20. J'ouvre le portillon de l'école et accueille tous les élèves.
J'écrirai d'ailleurs un billet sur le mot "BONJOUR" prochainement…
8h30. J'accueille mes élèves avec le sourire. Comme si de rien n'était.
Voilà.
C'est ça, être directeur et enseignant.
Jongler. Tout le temps.
Il y a les matinées où tout roule. Où je peux me consacrer entièrement à mes CM2. Où les apprentissages avancent. Où je me sens pleinement ENSEIGNANT.
Et puis il y a les autres matinées... nombreuses…
- Celles où mon téléphone vibre dans ma poche parce que la mairie a une urgence ou que le portail sonne… oui, je sais… je suis vraiment geek mais j'ai demandé à la Mairie d'équiper l'interphone d'un relai pour qu'il sonne sur mon téléphone, ce qui m'évite de descendre les marches 4 à 4… Je vois le portail du premier étage depuis le palier avant d'ouvrir !!
- Celles où un collègue frappe à ma porte parce qu'il y a un conflit à gérer dans la cour, un chien qui a fait irruption dans la cour, des chatons nouveau-nés découverts sous les passerelles de l'école….
- Celles où la Circonscription appelle et où je dois sortir de classe en plein milieu d'une séance.
Ces jours-là, je me sens coupé en deux. Ou plutôt, j'ai la sensation de subir ma journée plutôt que de la vivre…
Avec le temps, j'ai appris quelques trucs. Des "stratégies de survie", en quelque sorte.
- J'ai appris à DÉLÉGUER, un peu. Pas tout porter sur mes épaules. Faire confiance aux collègues, aux parents délégués, aux élèves eux-mêmes.
- J'ai appris à COMPARTIMENTER, un peu plus. Quand je suis en classe, je suis en classe. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai déménagé dans ma classe à l'étage alors que pendant plus de 10 ans, j'étais dans la classe à côté de mon bureau de directeur.
- J'ai appris à ACCEPTER l'imperfection, à peine !! Non, je ne serai jamais le directeur parfait ET l'enseignant parfait en même temps. Et c'est plutôt mieux.
Mais il y a aussi des avantages à cette double casquette. Des choses qu'on oublie de mentionner.
- Je connais TOUS les élèves de l'école. Pas juste les miens. Je les vois grandir année après année.
- J'ai une vision GLOBALE. Je comprends les enjeux à l'échelle de l'école, pas juste de ma classe.
- Je peux IMPULSER des projets. Le projet V2, les iPads, la classe flexible... le projet GRAFF, le tout premier projet en 2013… J'ai pu les mettre en place aussi parce que j'avais la casquette de directeur.
Alors oui. C'est épuisant parfois. Souvent, même.
Mais quand je vois ce qu'on a construit dans cette école... Quand je vois mes élèves épanouis dans leur classe modulable... Quand je vois mes collègues motivés par nos projets communs...
Je me dis que ça vaut le coup.
Le jonglage permanent. Les journées à rallonge. Les week-ends à rattraper les dossiers...
Ça vaut le coup.
ð¡ Ce qui me conforte dans ma pratique
Ce qui me tient, c'est l'esprit d'équipe.
Ces collègues qui comprennent quand je dois filer en pleine récré.
Ces élèves qui savent que parfois, "Maître doit aller régler un truc". Cette confiance mutuelle qui permet de tenir.
On ne porte pas cette double casquette seul.
On la porte ensemble.